samedi 18 février 2017

Notre bilan sur l'abonnement Kindle


Certains auteurs, et même certains lecteurs, se demandent parfois comment fonctionne l'abonnement Kindle pour les auteurs. 
Sont-ils rémunérés sur ces emprunts ? 
Et si oui, de quelle façon ? 
Questions auxquelles je vais essayer de vous répondre aujourd'hui, plus d'un an et demi après la mise en place du paiement à la page, sur la base de notre retour d'expérience.

Pour mémoire, j'avais déjà écrit un article sur le sujet au tout début de la mise en place du paiement à la page, et il y aura forcément quelques redites. Vous le trouverez ici :
http://jacquesvandroux.blogspot.fr/2015/07/ku-koll-combien-ca-rapporte.html

L'Abonnement Kindle, c’est quoi ?
Amazon propose également, depuis décembre 2014, une offre d’abonnement. Cette offre est appelée KU (pour Kindle Unlimited / Kindle à volonté) partout, sauf en France où elle a été rebaptisée "Abonnement Kindle" pour des questions de législation sur la loi du prix unique du livre.

Elle permet aux lecteurs, moyennant un abonnement mensuel de 9.99 euros, de lire des ouvrages à volonté... ou presque.
D’après la médiatrice du livre, la somme totale des abonnements acquittés par les abonnés doit demeurer supérieure, à tout moment, au montant cumulé des crédits de consultation effectivement consommés sur la période considérée.
Il faut donc que tous les crédits de tous les consommateurs soient épuisés pour que l’abonnement soit bloqué. Ces crédits se compensent entre chaque abonné du service.
 

Le paiement à la page.
Les auteurs indépendants qui veulent proposer leur livre dans cette offre, doivent publier leurs livres en exclusivité sur Amazon, via le programme appelé « KDP Select ».
Chaque mois, Amazon abonde un bas de laine dénommé « Fonds Mondial de KDP Select » en fonction de différents paramètres dont le nombre d'abonnés.
Puis, durant ce mois, le nombre total de pages lues est comptabilisé. L’enveloppe est alors redistribuée aux auteurs suivant le succès de leurs livres, c'est à dire le nombre de pages lues.
Pour tenir compte des réalités des différents marchés du livre numérique, la rémunération par page lue ne sera pas la même partout. En Allemagne, par exemple, pays qui compte de nombreux lecteurs en numérique, elle est bien plus faible qu'en France ou qu'en Espagne.
Et bien sûr, les auteurs ou les éditeurs ne sont absolument pas obligés de proposer leurs livre dans cette offre d'abonnement.

Et pourtant, la loi dit que c'est à l'éditeur (donc dans notre cas, à l'auteur indépendant) de fixer son prix à la page ?
Amazon impose aux auteurs indés de fixer des prix à la page ridiculement faibles (entre 0.01 et 0.03 centime la page). En revanche, le montant à la page qui est finalement reversé aux auteurs n’a rien à voir. Il est heureusement bien plus élevé, même s’il ne fait pas l’unanimité. J'en reparle un peu plus loin. 

Comment est calculé le nombre de pages ? 
Depuis juillet 2015 Amazon a mis en place un système de comptage de pages.
Avant, quelle que soit la taille du livre emprunté, l’auteur touchait la même somme. Pire encore, il ne percevait le montant prévu QUE si le lecteur était arrivé à 10 % de l’ouvrage ! Donc pour un livre de 4 pages, la somme était perçue dès l’ouverture de l’ebook, alors que pour un livre de 800 pages il arrivait fréquemment que l’auteur ne soit pas payé.
Depuis la mise en place du système des pages lues, les contenus plus consistants en nombre de pages sont favorisés. Ce qui est le cas des romans de Jacques : pour nous, ce nouveau système est beaucoup plus avantageux.
Amazon a défini un système pour calculer le nombre de pages de manière équitable d’un livre à l’autre. Le nombre de pages est appelé KENPC (pour Kindle Edition Normalized Page Count). Depuis février 2016 (KENPC 2.0) il faut compter environ 180 mots par pages ou 1 100 signes (espaces comprises). Ces chiffres sont un bon ordre de grandeur (en tout cas pour les livres de Jacques), mais peuvent légèrement varier d’un titre à l’autre ou d’un auteur à l’autre, en fonction de critères que je ne maîtrise pas. 
Avant février 2016, ces valeurs étaient un peu plus faibles et chaque livre contenait donc davantage de pages. 

Comment connaître le nombre de pages KENPC de votre livre ?
Dans votre bibliothèque KDP, cliquer, pour le livre sélectionné le bouton indiqué en rouge ci-dessous. Puis, dans le menu déroulant, choisissez "Informations KDP Select".
Puis, descendez un peu dans la page qui apparaîtra, jusqu'à atteindre cet encart. Votre nombre de pages KENPC sera alors visible (ici surligné en jaune)
Le prix à la page
Comme vu précédemment, le prix à la page varie chaque mois. Je vous ai retracé l'historique de cette évolution sur le graphique ci-dessous. 
En bleu, les montants payés à la page, quelle que soit la manière de calculer ces pages.
En rouge, des valeurs revalorisées en fonction de la méthode de calcul actuelle (calcul valable pour nos titres... sans garantie pour les vôtres). 

On pourra constater qu'après une baisse assez conséquente du prix versé par page, ce prix est reparti un peu à la hausse. Puis, en février, nouvelle baisse !  La valeur moyenne du prix versé en 2016 était d'environ 0.5 centime d'euro la page.
Gardons toutefois en mémoire que ce prix est variable, et qu'en Allemagne, on tourne plutôt autour de valeurs comme 0.3 centime, donc beaucoup moins !

Comptabilisation des emprunts 
Lorsqu’un lecteur attaque un nouveau livre grâce à cet abonnement, l’auteur percevra seulement le montant correspondant aux pages lues
Si le livre est abandonné en cours de route, seules seront rémunérées les pages lues. 
Si le lecteur reprend son livre 6 mois après, les pages sont comptabilisées et payées à nouveau, même si, entre temps, l’auteur est sorti du dispositif.

Toutefois, cet acte d’emprunter le livre sera comptabilisé par Amazon comme un achat réel et aura donc un impact sur le classement du livre. Un bon moyen de faire la différence avec les livres qui ne sont pas empruntés, d’être mieux classé, et donc d’avoir plus de visibilité, et donc de trouver plus de lecteurs. Un cercle vertueux dont nous avons incontestablement mesuré l’efficacité dans les deux sens : en intégrant le dispositif ou en le quittant.
Le seul bémol pour les indés, c’est qu’ils n’ont pas accès au nombre d’emprunts, mais seulement au nombre de pages lues, ne permettant pas, du coup d’accéder à plein d’informations intéressantes du genre :
• Combien de personnes empruntent sans lire ?
• Quel nombre de pages par livre est-il lu ?
• Combien de temps un lecteur met-il pour lire un livre ?
C’est dommage, et de nombreux auteurs ont demandé à avoir cette information. Mais Amazon a le culte du secret et dévoile le moins de chiffre possibles !!
J’avais fait un exercice au début de la mise en place du comptage de pages pour Projet Anastasis :
http://jacquesvandroux.blogspot.fr/2015/11/ku-koll-comment-les-lecteurs-lisent.html
Pour nous, la conclusion était que la majorité des lecteurs qui attaquaient le livre le terminaient. Ce qui était plutôt rassurant.


Avantages / inconvénients
Avant d'en arriver à nos chiffres, récapitulons les avantages et les inconvénients de l'abonnement Kindle pour l'auteur indépendant :


Inconvénients 

  • Le principal inconvénient pour les indés souhaitant bénéficier de l’abonnement Kindle est de devoir publier en exclusivité sur Amazon, sans pouvoir élargir leur lectorat sur les autres plateformes.
  • Autre gros inconvénient : pour les titres courts (nouvelles, poésie, livres illustrés, romans courts...) ce système rapporte vraiment peu, et l'auteur pourra avoir l'impression de donner son livre pour rien.
Avantages
Heureusement, il y a aussi, comme on l'a vu, quelques avantages à adhérer au programme KDP SElect pour pouvoir bénéficier de l'abonnement Kindle.

  • Pouvoir Bénéficier de mises en avant conséquentes si vous avez la chance que votre livre soit sélectionné pour les offres spéciales (offre du jour ou offre du mois).
  • Bénéficier, sur Amazon, d’un lectorat beaucoup plus large : le choix de lectures à emprunter étant encore réduit, puisque les éditeurs sont réticents à adhérer, les lecteurs sont poussés à découvrir des auteurs qu’ils n’auraient jamais lus autrement. C'est ainsi que de nombreux lecteurs ont découvert les titres de Jacques.
  • Générer des revenus qui peuvent être non négligeables, surtout si vos titres comprennent un grand nombre de pages.
  • Chaque emprunt comptant comme un achat, être mieux classé, et donc bénéficier du cercle vertueux "plus de visibilité / plus de ventes / plus de visibilité"
Malheureusement, ces avantages valent surtout pour les titres ayant un minimum de visibilité. En effet, les auteurs qui sont placés très loin dans le classement des ventes auront du mal à profiter des avantages de l'abonnement Kindle, et beaucoup se plaignent d'avoir un nombre infime de pages lues.
Si par contre vous avez plus de chances, et que vos livres ne sont pas enfouis dans les profondeurs du classement, vous pourrez profiter pleinement de ces avantages.

Quelques chiffres : les nôtres.
Nous avons la chance de faire partie de cette deuxième catégorie. 
Pour les quatre romans de Jacques, tous des romans fleuve, le nombre de pages  KENPC est conséquent. 

La redevance.
La redevance perçue pour chaque livre lu en entier via l'abonnement Kindle est donc, à ce jour, plus élevée que celle perçue sur une vente directe (pour ces livres nous percevons 2.67 euros lorsqu'ils sont vendus à 3.99 euros). C'est ce que montre la colonne verte du tableau ci-dessous calculée avec un prix à la page moyen de 0.5 centime. Toutefois, cela n'est pas gravé dans le marbre, puisqu'en Allemagne ce ne serait plus le cas. Encore une fois, si vos romans sont moins longs, ce ne sera pas le cas non plus.

L'importance des emprunts
Toujours dans notre cas, dont je reprécise qu'il n'est pas une généralité, le pourcentage de livres empruntés (lus en entier) se situe alors dans une fourchette de 20% à 30%, ce qui est loin d'être négligeable du point de vue du classement du livre.

L'importance des gains
Et enfin, parce qu'il s'agit de gros livres, les gains liés à l'abonnement se situent donc dans une fourchette de 33% à 46%

Bien sûr, suivant le volume de vos livres et suivant leur succès, vos résultats seront peut-être très différents des nôtres. Cela vous apporte néanmoins quelques pistes de réflexion pour vous aider à vous décider si vous souhaitez, ou non, adhérer à KDP Select et pouvoir proposer vos livres dans ce système d'abonnement.


À vos calculettes ! 


À bientôt pour de nouvelles aventures.
Jacques-Line Vandroux

7 commentaires:

  1. Article intéressant qui fait ressortir que:
    1-Pour que ça rapporte il faut déjà être visible, voire très visible dans kindle.
    2-Que les livres doivent être le plus "gros" possible. Ce qui se comprend puisqu'il s'agit d'une rémunération à la page.

    3-Qu'il faut écrire des romans et non des nouvelles! Sale coup pour moi!
    En tout cas, bravo pour cette analyse précise et exhaustive.

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    1. Il faut surtout écrire des choses qui te font plaisir ! Le reste, dont cet article, ne sont ensuite que des éléments comptables :)

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  2. Armand a raison par rapport à son commentaire sur la visibilité. Un bon moyen d'y arriver, en France, est de se créer une liste de lecteurs suffisamment importante et de les informer de la sortie d'un nouveau livre.

    Aux Etats-Unis, c'est un peu plus facile de se rendre très provisoirement visible, à l'aide de plusieurs sites payants. Il faut néanmoins bien calculer son coup.

    J'ai calculé que ma trilogie, qui comporte d'après KDP 2174 pages KEMPC, me rapportait 10,33$ par ebook lu en entier.

    Faut-il encore que les lecteurs aillent jusqu'au bout! :)

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  3. Votre article est d une limpidité redoutable. Merci. Signé : Sergio Luis, la peur dans les veines, au coude à coude avec Jacques catégorie horreur😀😄

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    1. Ce n'est pas toujours facile d'être clair. On essaye :)

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  4. Merci pour cet article très riche et très instructif.

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