mercredi 30 novembre 2016

Le Sceau des sorcières en version papier est disponible


Vous l'attendiez ?
Le voici !

Après deux mois et demi de publication en version numérique, et déjà de très nombreux lecteurs, la version papier du Sceau des sorcières est enfin disponible sur Amazon au prix de 19.99 euros.
Vous pourrez commander ce roman ici

Parfait pour ceux qui préfèrent la sacro-sainte odeur du papier : 824 grammes de satisfaction olfactive.
JUSTE A TEMPS POUR VOS CADEAUX DE NOEL !!

552 pages, format 15.24 x 22.86 cm de thriller pour votre plus grand plaisir. 
Oui, parce que pour caler un meuble, il vaudra mieux prévoir autre chose. Celui-ci est un peu trop gros !!

Et pourquoi seulement sur Amazon et pas en librairie nous demanderons certains ? 
On y pense, on y pense... mais ça risque quand même d'être bien plus long !

A bientôt pour de nouvelles aventures !
Jacques-Line Vandroux

samedi 26 novembre 2016

Nouvelle orthographe : et maintenant ? (8/8)

Nénuphar ou nénufar ? Bientôt enseigné aux enfants ?
La nouvelle orthographe (NO pour simplifier) : une série de billets de Bernard Morin, correcteur professionnel, qui s'exprime sur notre blog.

On le retrouve aujourd'hui pour ses dernières réflexions sur le sujet (du moins dans cette série d'articles !)


*** 

ET MAINTENANT ?
Toutes les « autorités » y ont bien insisté : la « Nouvelle Orthographe » n’a rien d’obligatoire. On peut très bien continuer à écrire comme avant. Et la liberté est tellement totale que l’on peut faire tout à fait n’importe quoi.
D’abord, quelqu’un qui est favorable à la NO n’est pas obligé de l’appliquer totalement, dans toutes ses règles (ce qui impliquerait de les connaître toutes). On pourra très bien « être nouvelle orthographe » pour le pluriel des mots composés (et écrire un porte-avion, des porte-avions) et ne pas l’être pour conjuguer les verbes en –eler (et continuer à écrire il étincelle ou il amoncelle).
Mieux, on pourra appliquer une règle pour certains mots et pas pour d’autres : un porte-avion, des porte-avions, mais un coupe-vent, des coupe-vent ; tu amoncelles mais je chancèle ; girole mais corolle.
Mieux encore, comme me l’a expliqué une enseignante militante de la N.O., il ne sera pas reproché à un élève (pardon : un apprenant) d’écrire le même mot en appliquant indifféremment l’un ou l’autre des systèmes selon son humeur ou… au petit bonheur la chance. Une fois ile, une fois île ; un coup greloter, un coup grelotter ; tantôt vingt-et-un, tantôt vingt et un. Belle école de logique et de rigueur !
Imaginons que des auteurs veuillent profiter de ce laxisme. Voilà qui ne faciliterait pas le travail des correcteurs, eux dont une des tâches professionnelles est de veiller au respect de l’unification : tout au long d’un texte, d’une œuvre, un mot ou une expression pour lesquels deux versions sont admises doivent être écrits de manière identique (orthographe et typographie).

Tout est licite, donc. 

Par exemple dans les copies d’examens. Encore faut-il que l’examinateur qui lit assoir ou croute comprenne qu’il a affaire à de l’orthographe « rectifiée 1990 ». Sinon, il conclura à une faute. Mais peut-être les instructions ministérielles lui diront-elles, pour éviter toute erreur de ce type, de ne plus compter de fautes du tout ! Et que se passera-t-il quand un lecteur découvrira des bizarreries dans un livre dont l’auteur aura juste voulu se mettre à la page en appliquant l’orthographe rectifiée ? Eh bien ce lecteur croira à des fautes, à des coquilles, et en sera fort marri. 
En tout cas, si j’avais un conseil à donner à un étudiant, ce serait de ne pas prendre de risques et de s’en tenir à l’orthographe classique. Quant à donner le même conseil à un auteur, je me demande si ce serait bien utile, parce que je n’ai pas l’impression qu’ils soient nombreux à se ruer dans les facilités de l’orthographe new-look.

Ce qui me laisse aussi dubitatif quant à l’avenir de cette orthographe, c’est que précisément il faudrait que l’usage la consacre. Et l’usage dépend de la mode, de « l’air du temps », de ce que les gens disent et écrivent, aiment dire et écrire. 
Or la mode, de nos jours, est à la complexification du langage
  • On emploie des mots compliqués à la place de mots simples, même si leur sens n’est pas le même : problématique pour problème, thématique pour thème, volumétrie pour volume, différentiel pour différence. 
  • On ne fait pas de liaison avec humble comme si son h était aspiré. 
  • On alambique les tournures : demander à ce que au lieu de demander que, être en capacité de au lieu de être capable de. 
  • Et – puisque les débats ont souvent porté sur eux – on met des accents circonflexes là où il n’en faut pas. On écrit de plus en plus souvent tâche au sens de salissure, côte au lieu de cote, rôder pour roder. Et nos rectificateurs de 1990 qui voulaient les supprimer ! Ah ! mais non ! pas tous ! On garde l’accent sur le a, sur le e, sur le o ; on l’enlève seulement sur le i et le u. Oui, certes, pour l’instant. Mais, justement, on voit ces temps-ci fleurir les dîtes-moi, les faîtes donc… 
  • J’ai également souvent vu des içi et des merçi. 
Alors, cette « nouvelle orthographe » qui voudrait, paraît-il, rendre l’orthographe plus simple, je doute de son succès.
Alors, réforme ou rectifications, peu importe le terme, je n’y crois pas. 

A un bout, les amoureux du français, les lecteurs, les auteurs, les apprentis auteurs, de plus en plus nombreux, tous ceux qui aiment manier la langue, tous ceux-là ne suivront pas. 

A l’autre bout, croyez-vous qu’ils appliqueront la NO, ceux qui, sur les forums d’Internet, écrivent des choses comme (citations authentiques) :
– est vous y croyer a tous sa frenchemant pour moi ses un coup monté ;
– si certain son manger je trouve qu a l époque ou l ont vie sa ne devrai plus existé ;
– Sa doit pas etre facil a dire ;
– ont et pas allez le voir si sont fils ne lui donne pas d argent faut arrêter un peut.
L’avenir nous dira si ce qui n’a pas « pris » en vingt-cinq ans « prendra » dans les prochaines années. 
Au moment de conclure, j’ai envie de reprendre un peu facilement cette expression en vogue : tout ça pour ça ! Une réformette inspirée par un Premier ministre, Michel Rocard – paix à ses cendres… –, qui voulait montrer que lui aussi était un fin lettré. Des réunions du Conseil supérieur de la langue française, des travaux d’un comité d’experts, des auditions devant l’Académie. Un grand brainstorming d’éminents spécialistes. Tout cela pour accoucher d’une succession désordonnée de règles, d’un inventaire de bric et de broc de bricolages orthographiques, avec, dans le rôle du raton-laveur, la modification inaboutie d’une seule règle de grammaire (laissé + infinitif). 
Et que de choses non réfléchies ! Changer la conjugaison de cent vingt verbes là où il suffisait d’en modifier dix-sept ; exhumer du fond des dictionnaires, pour rectifier leur graphie, des mots que personne n’emploie jamais (mangeüre, fusarolle) ; et cette perle : supprimer le trait d’union de handball, qui n’a jamais existé ! Parfois, je me dis que certaines séances de travail de nos savants experts ont dû se tenir après de longs repas bien arrosés…
Il faut bien que vieillesse se passe.


*** 
Un grand merci à Bernard pour toutes ses recherches sur cette édifiante nouvelle orthographe. Merci à lui d'avoir contribué à notre édification. 
Il est vrai qu'à la lecture de tout ça, on se demande vraiment quelle mouche les a piqués de nous avoir pondu un truc pareil.
Quant à la mise en place de la nouvelle orthographe ?
Une amie (la même que celle du début de cette série d'articles qui se reconnaîtra) m'informe que ça y est !! La réforme doit être appliquée à l'école primaire dès cette année de manière obligatoire par le corps enseignant.
Donc nénufar obligatoire, et nénuphar toléré..., mais pour un temps de transition seulement !
Les manuels devront donc être modifiés au fur et à mesure de leur réédition.
Voilà qui promet ! Déjà que nos jeunes sont de moins en moins nombreux à écrire correctement !
Le temps que ces jeunes gens deviennent adultes et lisent les livres de Jacques, il va cependant se passer encore quelques années.
Quelques années de répit !! 

A bientôt pour de nouvelles aventures
Jacques-Line Vandroux   


Sur le même sujet :

samedi 19 novembre 2016

Nouvelle orthographe : encore quelques points (7/8)


Ces enfants, je les ai laissés ou laissé jouer ? Que dit la logique ? Que dit la nouvelle orthographe ?
La nouvelle orthographe (NO pour simplifier) : une série de billets de Bernard Morin, correcteur professionnel, qui s'exprime sur notre blog. Aujourd'hui, il nous parle encore de quelques aberrations modifications à prévoir.


*** 

E – LAISSÉ + INFINITIF : INVARIABLE
Remarquons d’abord qu’il ne s’agit plus ici d’orthographe, mais de grammaire. Allons-nous maintenant entrer dans la « nouvelle grammaire » ? Poursuivons.
Dans la nouvelle orthographe, le participe passé du verbe laisser est toujours invariable lorsqu’il est suivi d’un infinitif : Elle s’est laissé mourir et non plus : Elle s’est laissée mourir. On nous dit qu’il s’agit de suivre le modèle de faire + infinitif, où le PP est toujours invariable : Elle s’est fait maigrir.
Est-elle donc si compliquée, la règle (de grammaire) qui dit que le participe passé de laisser s’accorde si le complément d’objet direct placé avant lui fait l’action exprimée par l’infinitif : 
Cette maison, il l’a laissée tomber en ruine
mais 
Cette maison, il l’a laissé acheter

C’est pourtant l’application stricte de la règle de l’accord du participe passé conjugué avec avoir. Raisonnons en appliquant la règle actuelle à deux exemples.
Ces enfants, je les ai laissés jouer. J’ai laissé ces enfants faire l’action de jouer. Les, mis pour enfants, est COD du verbe laisser et placé avant le participe passé. Le PP s’accorde avec les. On écrit donc laissés.
Ces enfants, je les ai laissé punir. Je n’ai pas laissé les enfants faire l’action de punir. Les, mis pour enfants, n’est pas COD du participe passé de laisser. Donc pas d’accord du PP : laissé reste invariable. (Pour être complet, remarquons que le COD de laisser n’est pas exprimé : j’ai laissé quelqu’un faire l’action de punir les enfants ; et qu’enfants est le COD de punir.)
Le parallèle avec fait + infinitif est à mon avis mal venu. Parce que, dans la phrase : Ces enfants, je les ai fait jouer, le pronom personnel les, mis pour enfants, n’est pas COD du participe passé du verbe faire. Je n’ai pas fait les enfants faire l’action de jouer. Voilà pourquoi fait est alors invariable. Rien à voir avec je les ai laissés jouer. 

En revanche, il est d’autres apparentements que les auteurs des rectifications de 1990 auraient été avisés de faire. Car comment ont-ils pu ignorer que le « grave » problème qu’ils avaient résolu pour le participe passé du verbe laisser se posait aussi, et dans les mêmes termes exactement, pour les participes passés de voir et entendre suivis de l’infinitif ? Pourquoi ont-ils laissé subsister ces « graves » difficultés : 
les enfants que j’ai vus jouer, mais : les enfants que j’ai vu mettre en rangs ; les enfants que j’ai entendus crier, mais : les enfants que j’ai entendu réprimander ; 
les acteurs que j’ai vus jouer, mais : les pièces que j’ai vu jouer ; 
la cantatrice que j’ai entendue chanter, mais : la chanson que j’ai entendu chanter ; 
je les ai vus partir, mais ils se sont vu infliger une amende ? 
Ces gens-là, qui prétendent réformer, ne sont tout simplement pas sérieux.

F – ANOMALIES
On trouve dans cette rubrique les modifications ponctuelles dont les médias ont fait leurs choux gras : 
  • bonhommie pour faire comme bonhomme, 
  • charriot comme charrette, 
  • chaussetrappe comme trappe, 
  • combattivité comme combattre, 
  • persiffler comme siffler ; 
  • et aussi les participes passés absout et dissout, 
  • l’infinitif assoir, 
  • exéma comme examen, 
  • relai comme balai, 
  • nénufar et ognon. 
Oui, si on veut. Moi, je garderai mes jolies chausse-trape et je n’ai pas envie de pleurer la disparition de mes oignons (que dans le Midi on prononce parfois ouagnons…).

G – RECOMMANDATIONS GÉNÉRALES
Sous ce titre, les « rectifications » de 1990 s’adressent aux auteurs de dictionnaires pour leur recommander de privilégier la graphie la plus simple quand il en existe plusieurs (par exemple d’écrire allo au lieu d’allô) et de franciser si possible les mots d’origine étrangère (musli au lieu de müesli). Curieusement, le texte dit : « On acceptera des graphies comme […] paélia (paella) […] qui évitent une lecture défectueuse. » Mais c’est justement la graphie « rectifiée » qui entraîne une lecture défectueuse, puisque paella devrait se lire paeya, le ll espagnol se prononçant comme celui de billard en français, et non comme le lli de million.

***

De plus en plus simple  ! On retrouvera Bernard à l'occasion d'un prochain billet dans lequel il conclura sur cette "belle" réforme.

A bientôt pour de nouvelles aventures
Jacques-Line Vandroux   

Sur le même sujet :

dimanche 13 novembre 2016

Nouvelle orthographe : consonnes doubles (6/8)

Avec la nouvelle orthographe, l'eau ne ruisselle plus. Elle ruissèle. C'est moche quand même !!


D – CONSONNES DOUBLES
Les verbes en –eter et –eler

Tous les verbes dont l’infinitif se termine par eler se conjugueront sur le modèle de peler (je pèle, tu renouvèles, il amoncèle, elle étincèle), sauf appeler (j’appelle, tu appelles). Et leurs dérivés suivront le mouvement : amoncèlement, ensorcèlement, étincèlement (mais étincelle ne change pas !), morcèlement, nivèlement, renouvèlement, ruissèlement. 

Tous les verbes dont l’infinitif se termine par eter se conjugueront sur le modèle d’acheter (j’achète, tu feuillètes, il étiquète, elle cachète), sauf jeter. 
Ça, c’est un peu fort de café ! Parce qu’il y a dans la langue française un peu plus de soixante verbes en –eler et que tous, dans l’orthographe classique, se conjuguent comme appeler, en redoublant le l : j’appelle, tu renouvelles, il amoncelle, elle étincelle, sauf dix exceptions qui se conjuguent comme peler et qui sont : celer (+ déceler et receler), ciseler, démanteler, écarteler, s’encasteler, geler (+ dégeler, surgeler, congeler et décongeler), marteler, modeler, harceler et donc peler. 

De même, il existe environ soixante-dix verbes en –eter, qui se conjuguent tous comme jeter, en redoublant le t : je jette, tu feuillettes, il étiquette, elle cachette, sauf sept exceptions qui se conjuguent comme acheter et qui sont : bégueter, corseter, crocheter, fileter, fureter, haleter et donc acheter (+ racheter). 

Eh bien, s’ils tenaient tant à uniformiser, nos rectificateurs auraient pu aligner les (rares) exceptions sur la (grande) majorité. Mais ils ont fait l’inverse ! Au lieu de modifier la conjugaison de dix-sept verbes, ils ont préféré en changer près de cent vingt ! Cela me rappelle le vieux gag du pianiste qui, se trouvant trop éloigné de son clavier, entreprend de déplacer le lourd piano alors qu’il lui suffirait de rapprocher son tout petit tabouret.

Les consonnes doubles qui deviennent simples
La NO entend simplifier les graphies en écrivant, par exemple, dentelière (bien qu’on écrive dentelle) et non plus dentellière, prunelier (bien qu’on écrive prunelle) et non plus prunellier, comme on avait déjà noisetier (bien qu’on écrive noisette). Why not ?
La finale olle devient ole. Font exception colle, folle et molle, qui sont « bien implantés dans l’usage ».  Et les girolles, alors ? Pas implantées dans l’usage culinaire ? Et les guibolles ? Et les mariolles ? Et les grolles ? Pas implantées dans le parler populaire ? Bizarre aussi cet argument : « Là encore, il s’agit de supprimer des incohérences : corole s’écrit désormais comme bestiole. » C’est vrai que bestiole et corolle, c’était incohérent ! 
Par ailleurs, la liste des mots ainsi modifiés est assez amusante. A côté des mots connus que sont barcarolle (qui devient donc barcarole), corolle (corole), fumerolle (fumerole), girolle (girole), grolle (grole), guibolle (guibole), mariolle (mariole), rousserolle (rousserole) et tartignolle (tartignole), on y trouve les très mystérieux barquerolle, bouterolle, crolle, fusarolle, lignerolle, moucherolle, tavaïolle et trolle. Ça vaut bien les mangeüre, rongeüre, vergeüre et égregeüre de tout à l’heure. En tout cas, si les restaurateurs adoptent cette règle, au moins on ne verra plus deux l à profiteroles…
Dans la NO, les verbes en –otter se termineront par oter, sauf quand ils dérivent d’un mot en otte. Ainsi, on n’écrira plus ballotter mais balloter (de ballot) ; on n’écrira plus garrotter mais garroter (de garrot) ; on n’écrira plus grelotter mais greloter (de grelot). En revanche, on écrira toujours carotter (de carotte), botter (de botte) et menotter (de menotte). Les substantifs dérivés suivent le mouvement : ballotage perd un t, tout comme garrotage, grelotant et grelotement.

samedi 5 novembre 2016

Nouvelle orthographe : Accent et tréma (5/8)

Mamie porte-t-elle un sombrero ou un sombréro ?
La nouvelle orthographe (NO pour simplifier) : une série de billets de Bernard Morin, correcteur professionnel, qui s'exprime sur notre blog. Aujourd'hui, il nous parle des accents et des trémas


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C – ACCENTS ET TRÉMAS
   
L’ACCENT

Quand le é devient è
Le é qui précède une syllabe contenant un e muet se transforme en è : événement devient évènement, allégrement devient allègrement, réglementaire devient règlementaire. Même chose pour le futur et le conditionnel des verbes conjugués sur le modèle de céder. On écrira ainsi : je cèderai, tu espèrerais, il adhèrera. Enfin, et voilà qui va nous changer la vie ! on n’écrira plus pensé-je, aimé-je, mais pensè-je, aimè-je.
Il paraît que ce changement d’accent permet de respecter la façon dont on prononce. Moi, j’ai toujours prononcé événement, de façon assez aiguë, et jamais, gravement, évènement. Pareil pour pensé-je (quand j’ai eu à le lire, parce que, de moi-même, je ne pense pas l’avoir jamais dit, ou alors pour plaisanter). Mais je suis peut-être une exception. N’empêche que si on fait découler l’orthographe de la façon dont les gens prononcent, ça risque de nous mener loin ! Il y aura autant de graphies que d’accents régionaux. Et à Marseille on écrira un peneu.
Notons quelques exceptions. Il en fallait bien ! Le é subsistera dans les préfixes dé et pré (dégeler, prévenir), en début de mot (échelon, élever), et dans médecin et médecine. « En raison de leur prononciation normée », nous dit-on. Pourtant, il me semble que beaucoup de gens prononcent mèdecin ou à peu près…
Le gros morceau : la disparition partielle de l’accent circonflexe
Non, contrairement à ce qu’on a pu dire et écrire, le petit chapeau que les correcteurs appellent le flexe ne disparaît pas complètement. Du moins pas encore… Il n’est supprimé que sur le i et le u. Curieux, quand même, cet acharnement. En quoi cet accent gênait-il nos rectificateurs ? Comment M. Cerquiglini, linguiste éminent qui a animé le comité d’experts mandaté par le CSLF, a-t-il pu accepter cette semi-mise à mort, lui qui consacra jadis à l’accent circonflexe un livre au fort joli titre, l’Accent du souvenir ?
C’était pourtant un grand plaisir, devant un mot à accent circonflexe, que de chercher dans des mots de la même famille ou dans des équivalents étrangers le s disparu. Quand j’étais enseignant, je l’ai souvent fait avec mes élèves. Ils adoraient cela. À partir d’hôpital, nous trouvions hospitalier, hospice, hospital en anglais et en espagnol, ospedale en italien. Pour pâtre, pâture, on découvrait les délicieux pastoureau-pastourelle et même l’anglais pasture. Bon, OK, mauvais exemple : le ô et le â restent admis. Prenons donc île, qui devient ile en NO. Il y avait insulaire, isoler, island (angl.), isola (it.), isla (esp.), Insel (all.). Avec maître, il y avait le joli mot de maistrance, et tous les étrangers : magister, master, maestro. Pour goût, il y avait déguster, gustatif, disgusting.
Bref : plus de î ni de û, sauf dans les terminaisons verbales du passé simple (nous vîmes, vous fûtes) et du subjonctif passé (qu’il advînt, qu’il eût fallu). Le flexe survit aussi pour distinguer le jeûne de celui qui ne mange pas du jeune qui n’est pas âgé, et dans les différentes formes du verbe croître (croîs, croît, crûs, crût, crû), pour éviter toute confusion avec les formes du verbe croire. Et aussi dans les mots dû, mûr et sûr.
Arrêtons-nous un instant pour constater une bizarrerie : mûr et sûr conservent leur flexe pour qu’on ne puisse les confondre avec mur (de maison) ou sur (la préposition). Mais, curieusement, ils ne le gardent qu’au masculin singulier : on écrira donc un fruit mûr et un endroit sûr, mais une pomme mure, des pommes mures, des fruits murs et une rue sure, des places sures,  des endroits surs – « comme c’était déjà le cas pour dû », dit le texte officiel des « rectifications ».

Mais ce parallèle est idiot ! Car bien sûr que l’accent circonflexe était inutile sur due, dues et dus, puisqu’il n’existe aucun autre mot identique avec lequel on risque de les confondre. Mais rien de tel pour mûr, puisque coexisteront maintenant la pêche mure et il se mure (dans le silence) ; les pommes mures et tu te mures (dans le silence) ; des fruits murs et les murs de la maison. Idem pour sûr, puisque rien ne distinguera plus sure, sures et surs (sans aucun doute ou sans aucun risque) de leurs homographes sure, sures et surs (d’un goût amer). On se demande comment une telle bourde a pu jaillir du bouillonnant brainstorming de nos grands spécialistes.
L’accent sur les mots d’origine étrangère
On écrira désormais un allégro, un braséro, un sombréro. Ça perdra de son charme, mais pourquoi pas ?


LE TRÉMA

Le tréma déplacé
– Dans une série de mots comme aiguë, ambiguë, ciguë, contiguë, exiguë, le tréma passe du e au u. Les substantifs ambiguïté, contiguïté, exiguïté deviennent ambigüité, contigüité et exigüité.

Le tréma ajouté
Un tréma est posé sur le u des mots arguer et gageure, qui s’écrivent en NO argüer et gageüre, pour bien marquer qu’il faut prononcer le son u : ar-gu-er, ga-jure. C’est effectivement utile pour arguer, qui est souvent prononcé comme narguer. Pour gageure, je me demande s’il ne risque pas maintenant d’être prononcé ga-ge-ure ! Mais était-il bien nécessaire que le CSLF et l’Académie nous enjoignissent de placer un tréma sur le u des mots bringeüre, mangeüre, rongeüre et vergeüre (sans parler de chargeüre, égregeüre et plingeüre). Merci quand même, mesdames et messieurs, de m’avoir fait découvrir ces jolis mots. J’aurais d’ailleurs dû connaître bringeure (bande de poils noirs sur la robe d’un chien ou d’un bovin), pour avoir caressé quelques adorables boxers bringés. Et vergeure (fil de cuivre pour « tenir » la pâte à papier, sa trace sur le papier) à cause du papier vergé.


***
Voilà que ça se complique ! On retrouvera Bernard à l'occasion d'un prochain billet. Il nous parlera des consonnes doubles.

A bientôt pour de nouvelles aventures
Jacques-Line Vandroux   

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